L’art de manier l’accord du participe passé
L’accord du participe passĂ© n’est pas chose aisĂ©e pour de nombreux Ă©lèves, et mĂŞme pour certains adultes. Ce cauchemar des cours de français, utilisĂ© dans les temps composĂ©s comme le passĂ© composĂ© et le plus-que-parfait, suit des règles prĂ©cises qui varient selon l’auxiliaire employĂ© et la position des complĂ©ments dans la phrase. Quelles sont les règles essentielles pour accorder le participe passĂ© sans se tromper ?
Qu’est-ce qu’un participe passĂ© ?
Le participe passĂ© reprĂ©sente une forme verbale particulière qui appartient au mode impersonnel du verbe (sans pronom personnel). Un peu comme un camĂ©lĂ©on de la langue française, il s’adapte Ă diffĂ©rentes situations : seul comme adjectif, avec l’auxiliaire ĂŞtre ou avoir pour former les temps composĂ©s, ou encore dans la voix passive.
Le participe passé remplit plusieurs fonctions essentielles. Il peut :
- Qualifier un nom, de la même manière que le fait un adjectif qualificatif épithète : exemple, « Une lettre écrite à la main ».
- Construire des temps verbaux : exemple, « Les hommes ont marché sur la lune ».
- Exprimer une action accomplie dans une forme passive : exemple, « La fleur est cueillie ».
Sa maĂ®trise permet aux Ă©lèves de s’exprimer Ă l’oral, mais surtout Ă l’Ă©crit, avec plus de prĂ©cision et d’Ă©lĂ©gance.
Les règles fondamentales de l’accord avec l’auxiliaire ĂŞtre
« Les filles sont parties en vacances. » Cette phrase illustre la règle d’or de l’accord avec l’auxiliaire ĂŞtre : le participe passĂ© s’accorde en genre et en nombre avec le sujet. Cette règle, abordĂ©e en CM1, constitue la base d’un apprentissage progressif des accords.
Se poser la question « Qui est-ce qui ? » pour identifier le sujet permet d’identifier s’il faut accorder au fĂ©minin et/ou au pluriel.
Exemples :
- Elle est arrivĂ©_ : qui est-ce qui « est arrivĂ©_ » ? C’est « elle », donc accord au fĂ©minin singulier. Elle est arrivĂ©e.
- Mes sĹ“urs sont rentrĂ©_ : qui est-ce qui « sont rentrĂ©_ » ? C’est « mes sĹ“urs », donc accord au fĂ©minin pluriel. Mes sĹ“urs sont rentrĂ©es.
- Les garçons sont sorti_ : qui est-ce qui « sont sorti_ » ? C’est « les garçons », donc accord au masculin pluriel. Les garçons sont sortis.
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La particularité du pronom « on »
GĂ©nĂ©ralement, le pronom « on » dĂ©termine l’accord du participe passĂ© au masculin singulier. C’est, le cas, par exemple, dans la phrase « On est venu ». Toutefois, cet accord peut se faire au pluriel, voire au fĂ©minin quand les personnes dĂ©signĂ©es par « on » sont respectivement plusieurs ou toutes des membres de la gent fĂ©minine.
Exemples :
- On est arrivés : si « on » désigne un groupe de personnes.
- On est reparties : si « on » désigne uniquement des femmes.
- « On » peut aussi dĂ©signer une femme seule. Dans ce cas, il est possible d’Ă©crire « Alors, on est devenue architecte ? », mais c’est plus rare.
La mĂ©thode Wilmet, une mĂ©thode ancienne et pratique, qui fait fi de l’auxiliaire
« Je n’arrive jamais Ă savoir si je dois mettre un -e ou un -s ! » Cette remarque de Lucas, Ă©lève de CM2, est frĂ©quente. La mĂ©thode Wilmet propose une approche simple : posez-vous deux questions clĂ©s.
- « Qu’est-ce qui est ? » : si lorsqu’on Ă©crit le participe passĂ© on a dĂ©jĂ Ă©crit « ce qui est », alors, on accorde le participe.
- « L’ai-je dĂ©jĂ Ă©crit ? » : si lorsqu’on Ă©crit le participe passĂ© on n’a pas encore Ă©crit ce qui est, ce qui fait l’action, alors, on n’accorde pas le participe.
Avantage n°1 de cette mĂ©thode : plus besoin de se prĂ©occuper de l’auxiliaire.
Exemples :
- Vous avez mangĂ© des tartelettes. Quand on Ă©crit « mangĂ©_ », on n’a pas Ă©crit ce qui est mangĂ© (les tartelettes), donc, pas besoin d’accorder.
- Les lits sont faits par mon père. Quand on écrit « fait_ », on a déjà écrit ce qui est fait (les lits), donc, il faut accorder.
Avantage n°2, cette méthode fonctionne quand le COD est placé avant le verbe.
Exemple :
- Les amis se sont prĂ©parĂ©s pour arriver Ă l’heure. Quand on Ă©crit « prĂ©parĂ©_ », on a Ă©crit ce qui est prĂ©parĂ© (les amis), donc, il faut accorder.
- Les parents se sont prĂ©parĂ© de bons petits plats. Quand on Ă©crit « prĂ©parĂ©_ », on n’a pas encore Ă©crit ce qui est prĂ©parĂ© (les bons petits plats), donc, il n’est pas nĂ©cessaire d’accorder.
La mĂ©thode Wilmet est donc très pratique. Elle ne s’embarrasse pas de grammaire et marche Ă tous les coups !
L’accord avec l’auxiliaire avoir : les principes de base
La mĂ©thode Wilmet n’est pas encore très rĂ©pandue dans les Ă©coles. Aussi, la grammaire et la reconnaissance des fonctions des diffĂ©rents groupes constituant la phrase, demeure la mĂ©thode plus communĂ©ment enseignĂ©e.
Le rĂ´le du complĂ©ment d’objet direct (COD)
« Les pommes que j’ai mangĂ©es Ă©taient dĂ©licieuses. » Dans cette phrase, pourquoi « mangĂ©es » prend-il un accord ? La rĂ©ponse se trouve dans le complĂ©ment d’objet direct (COD). Le COD joue un rĂ´le dĂ©terminant avec l’auxiliaire avoir : quand il est placé avant le verbe, il dĂ©clenche l’accord du participe passĂ©.
Pour identifier le complĂ©ment d’objet direct, posez-vous la question « qui ? » ou « quoi ? » après le verbe. Dans l’exemple « La lettre que j’ai Ă©crite » demandez « J’ai Ă©crit quoi ? ». C’est « La lettre » : le COD placĂ© avant, donc on accorde.
Exemples en fonction de la position du complĂ©ment d’objet direct :
- COD avant le verbe, accord : « Les fleurs qu’elle a cueillies« .
- COD après le verbe, pas d’accord : « Elle a cueilli des fleurs« .
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Les verbes pronominaux : un cas particulier
L’accord du participe passĂ© des verbes pronominaux suit une logique particulière, comme l’explique Thomas, enseignant Acadomia : « Pensez Ă un miroir qui reflète l’action sur le sujet ».
Dans la plupart des cas, le verbe pronominal s’accorde avec le sujet, que sa valeur soit rĂ©flĂ©chie, rĂ©ciproque, passive ou essentiellement pronominale :
- Valeur réfléchie : « Ils se sont lavés. »
- Valeur réciproque : « Elles se sont regardées. »
- Valeur passive : « La fenĂŞtre s’est ouverte toute seule. »
- Valeur essentiellement pronominale : « Ils se sont souvenus. »
Quelques exceptions existent toutefois.
Quand le pronom rĂ©flĂ©chi n’est pas le COD
Ici, l’accord avec le sujet n’a pas lieu d’ĂŞtre : « Ils se sont prĂ©parĂ© un bon feu de cheminĂ©e ». En effet, « se » n’est pas le COD du verbe. Il dĂ©signe le bĂ©nĂ©ficiaire de l’action. Le COD est ici « un bon feu de cheminĂ©e ».
Quand on emploie certains verbes
Pour les verbes du type « se complaire », « se parler », « se succéder », le participe passé reste toujours invariable.
Exemples :
- Différents ministres se sont succédé.
- Ils se sont complu dans leurs erreurs.
Comme dans la situation prĂ©cĂ©dente, le pronom « se » n’est pas le COD, mais le complĂ©ment d’objet indirect (COI) : les ministres ont succĂ©dĂ© aux ministres.
Le participe passĂ© suivi d’un infinitif
« Les chansons que j’ai entendu chanter Ă©taient magnifiques. » Cette phrase illustre une règle subtile que Marie, qui fait par ailleurs du soutien scolaire, explique Ă ses Ă©lèves de collège. Le participe passĂ© suivi d’un infinitif obĂ©it Ă un principe simple : il s’accorde uniquement si le COD placĂ© avant fait l’action de l’infinitif.
Prenons un autre exemple : « Les enfants que j’ai vus jouer dans le jardin. » Ici, ce sont bien les enfants qui jouent, donc le participe passĂ© s’accorde. En revanche, dans « Les devoirs que j’ai fait corriger », ce ne sont pas les devoirs qui corrigent, donc pas d’accord.
Les verbes de perception et de mouvement
Imaginons Sarah qui observe son petit frère dans le jardin : « Je l’ai vu courir vers la balançoire ». Dans cette phrase, le participe passĂ© reste invariable, car c’est un verbe de perception. Ces verbes comme voir, entendre, sentir ou Ă©couter suivent une règle particulière quand ils sont suivis d’un infinitif.
Pour les verbes de mouvement comme aller, venir, partir, le principe est diffĂ©rent. « Les enfants sont montĂ©s dans le bus » s’accorde, car le verbe est conjuguĂ© avec ĂŞtre. En revanche, « Les kilomètres qu’ils ont couru » reste invariable, car le verbe exprime une mesure.
Ces subtilitĂ©s, propres Ă la conjugaison française, deviennent plus claires avec un accompagnement adaptĂ© qui permet aux Ă©lèves de s’approprier naturellement ces règles d’accord.
MĂ©thodes pratiques pour ne plus faire d’erreurs
Pour identifier rapidement si un accord est nécessaire, vous pouvez : repérer le participe passé, identifier son auxiliaire, puis vérifier la présence et la position du COD.
Prenons un exemple tirĂ© du journal de LĂ©a : « Les histoires que ma grand-mère m’a racontĂ©es hier soir ». En appliquant cette mĂ©thode de vĂ©rification, on identifie « racontĂ©es » (participe passĂ©), « a » (auxiliaire avoir), et « que » (COD placĂ© avant, remplaçant « histoires »).
Les erreurs les plus fréquentes à éviter
Sarah, en classe de 4e, confie : « Les accords me semblaient impossibles avant le stage de remise Ă niveau que j’ai fait pendant les vacances de Pâques dans un centre Acadomia ». Cette Ă©lève, comme beaucoup d’autres, confondait les participes passĂ©s en -Ă© avec les infinitifs en -er. Une astuce simple consiste Ă remplacer le verbe par « prendre » : si on peut dire « prendre », c’est l’infinitif.
Une autre confusion classique concerne les verbes suivis d’un infinitif. « Les filles que j’ai entendu chanter » reste invariable, car le COD « les filles » n’effectue pas l’action d’entendre.
Enfin, pour les verbes pronominaux, demandez-vous qui fait l’action. Dans « Elles se sont lavĂ©es », ce sont « elles » qui se lavent, donc on accorde.
Exercices et applications concrètes
ChloĂ© propose une mĂ©thode d’entraĂ®nement progressive Ă ses Ă©lèves. « Commencez par transformer des phrases simples. Voyons cela avec l’exemple suivant : « Le chat mange la souris ». Cette formulation devient « La souris que le chat a mangĂ©e ». Avec ce genre de manipulation, on peut visualiser concrètement le mĂ©canisme d’accord du participe passĂ©. »
Les cours particuliers permettent d’adapter le niveau des exercices Ă chaque Ă©lève. ChloĂ© le constate chaque semaine au domicile de ses Ă©lèves. Par exemple, avec la phrase « Les Ă©lèves ont rĂ©ussi leurs examens cette annĂ©e », on peut crĂ©er plusieurs variantes :
- « Les examens qu’ils ont rĂ©ussis cette annĂ©e. »
- Ou encore une phrase interrogative : « Combien d’examens ont-ils rĂ©ussis cette annĂ©e ? »
Cette approche ludique transforme un exercice technique en moment d’apprentissage intĂ©ressant. Il permet non seulement de jongler avec la langue, mais aussi d’en explorer de nombreuses variantes.
Les cas complexes expliqués simplement
LĂ©a, autre enseignante Acadomia, prend toujours des exemples concrets, tirĂ©s du quotidien, pour dĂ©mystifier les cas complexes du participe passĂ©. Elle explique : « Les verbes de mesure comme ‘coĂ»ter’ ou ‘valoir’ suivent une règle particulière : ils restent invariables quand ils expriment un prix ou une valeur. C’est le cas dans l’exemple suivant : ces jeux vidĂ©o m’ont coĂ»tĂ© cher. »
Pour les verbes impersonnels comme falloir ou pleuvoir, le participe passĂ© reste toujours invariable. « Les orages qu’il a fallu supporter » illustre cette règle vues en cours de français en fin de collège.
Le cas du pronom adverbial « en » mĂ©rite enfin une attention particulière. Dans la phrase « Des pommes, « j’en ai mangĂ© trois », le participe passĂ© reste invariable car « en » n’est pas un vĂ©ritable COD.
Pour résumer
L’accord du participe passé repose sur quelques règles clés : identifier l’auxiliaire, repérer la position du COD et comprendre le fonctionnement du verbe.
- Avec l’auxiliaire être : accord avec le sujet.
- Avec le pronom on : accord selon ce que désigne réellement on.
- Avec l’auxiliaire avoir : accord uniquement si le COD est placé avant.
- Verbes pronominaux : accord avec le sujet, sauf lorsque « se » n’est pas COD.
- Participe suivi d’un infinitif : accord seulement si le COD accomplit l’action de l’infinitif.
- Cas particuliers : verbes de perception, de mesure, verbes impersonnels et pronom en généralement invariables.
En appliquant systématiquement ces repères et en s’exerçant régulièrement, l’accord du participe passé devient plus clair et plus intuitif.
Les réponses à vos questions
Les 3 règles principales de l’accord du participe passĂ© sont :
- Participe passĂ© seul s’accorde comme un adjectif avec le nom. Par exemple : « Des devoirs terminĂ©s ».
- Avec l’auxiliaire ĂŞtre l’accord avec le sujet se fait en genre et en nombre. Par exemple : « Les Ă©toiles sont apparues ».
- Avec l’auxiliaire avoir l’accord se fait uniquement si le COD est placĂ© avant le verbe. Par exemple : « Les chansons que j’ai Ă©crites ».
Pour identifier un participe passé, commencez par repérer sa terminaison caractéristique : -é pour le premier groupe (chanté, mangé), -i, -is ou -it pour le deuxième groupe (fini, choisi), et des formes variables pour le troisième groupe (pris, fait, vu).
Une mĂ©thode efficace consiste Ă remplacer le verbe par « prendre » ou « vendre ». Si la forme obtenue est « pris » ou « vendu », vous avez bien affaire Ă un participe passĂ© : « J’ai mangé » devient « J’ai pris ».
Autre astuce : si vous pouvez ajouter « été » ou « avoir » devant le mot, c’est un participe passĂ©. « La porte fermĂ©e » devient « La porte a Ă©tĂ© fermĂ©e ».
Choisir le bon auxiliaire ressemble Ă un jeu de piste oĂą chaque indice compte. Pour les verbes de mouvement ou d’Ă©tat (aller, venir, rester, etc..), pensez Ă une maison : on y entre et on y reste. Ces verbes se conjuguent naturellement avec ĂŞtre. Pour les autres verbes, comme dans l’exemple suivant : « J’ai couru 8 kilomètres », l’action sort de nous pour agir sur quelque chose. Ils prennent donc l’auxiliaire avoir.